Présence et proximité, notes
Session Présence et proximité – 30 novembre 2024
NOTES sur la base de l’intervention de Claire Delfosse, géographe Université Lyon 2
Comment définir le rural ?
La campagne, le rural, les ruralités, les territoires ruraux, les espaces ruraux, voilà beaucoup d’expressions pour définir ce qui ne relève pas de la ville. Nous disposons de récits qui parlent de la France des périphéries, des perdants de la mondialisation, des déserts ruraux, des classes populaires du rural, de la relégation par l’habitat, de l’identité d’un terroir, avec son histoire et son patrimoine. Par ailleurs, on observe des représentations plus attractives comme poumon vert, choix d’un mode de vie, réhabilitation d’un patrimoine rural, proximité avec les élus, vitalité des associations. Comment avoir une approche prenant en compte la ruralité pour elle-même ?
Les géographes du rural ont observé un renversement des courants migratoires entre le recensement de 1975 et celui 1982 : À partir de ce moment-là, les communes rurales ont commencé à gagner des habitants. L’espace rural a regagné en attractivité : des jeunes s’installent, de nouveaux acteurs créent de l’innovation sociale et économique. Les exploitations agricoles continuent de diminuer mais connaissent un renouvellement, notamment par les filières bio et les revendications d’une agriculture paysanne.
Stimulé par les travaux des géographes, l’INSEE va proposer une nouvelle approche prenant en compte ces territoires pour eux-mêmes et non plus en comparaison des villes ou des métropoles. Ces territoires peu denses en habitants représentent tout de même un tiers de la population française et 88% des communes. Mais parler de faible densité, ça reste encore une comparaison à la densité urbaine. Les politiques publiques vont reconsidérer l’aménagement du territoire, la question de l’emploi, des services et celle de la mobilité.
A propos de territoires
Nous appartenons tous à des territoires différents qui se chevauchent plus ou moins. Le territoire des élus n’est pas le même que celui d’une paroisse, d’une l’école, d’une Cuma ou de cueilleurs de champignons. Les territoires sont structurés par une organisation et une autorité, des limites administratives. Des frontières naturelles, un type de sol, une histoire ont aussi forgé la cohérence d’un territoire, par exemple de montagne ou de vallée. Ce qui fait la vitalité d’un territoire, ce sont des gens l’habitent, qui y travaillent et ont à cœur de l’animer.
QUESTIONNER LA PROXIMITE
La proximité est une notion ambivalence. Elle peut favoriser l’interconnaissance, la solidarité de voisinage, des relations avec les élus ; elle peut aussi engendrer des difficultés d’accès aux services (déserts médicaux, alimentaires, culturels), des conflits de voisinage et un isolement social.
De quoi est-on proche, de quoi est-on loin ?
- La proximité relationnelle
Les densités rurales du nord de la France et du Cantal sont très différentes, mais aucun n’est un désert, sans habitants. A partir de quel périmètre peut-on dire qu’il y a de l’interconnaissance, du « vivre ensemble » et de la solidarité ? Est-ce lié à la commune, l’école du village, la boulangerie, le marché hebdomadaire, le collège, ou encore l’activité associative, culturelle et sportive ? Les enquêtes de l’Insee manifestent que les ruraux adhèrent à des associations en grand nombre et souvent à multiples associations. En rural, on croise plus facilement les élus. On pourra se demander quel rôle joue une paroisse : est-elle encore pertinente pour l’interconnaissance, le vivre ensemble ?
- La proximité revendiquée,
Elle est revendiquée, par les habitants, par les élus, par la vie associative. On peut avoir une représentation positive de la proximité, mais subir bien des effets négatifs, comme ressentir un fort isolement même en se saluant tous les jours. La présence ou l’absence de services, c’est un sujet de fond pour les politiques publiques. Où en est l’accès à l’alimentation, aux services de santé, aux administrations ? Il y a bien une revendication de circuits locaux, mais avoir un jardin ne signifie pas toujours autosuffisance alimentaire. La précarité alimentaire existe en rural, même chez des agriculteurs.
Pauvreté et précarité
La pauvreté en milieu rural, les multiples visages
Derrière les images d’une campagne où il fait bon vivre, se cache un multitude de situations de pauvreté et de précarité. Une réalité sous-estimée, pas toujours visible, moins étudiée que celle des banlieues, avec un fort impact des conditions de mobilité, d’accès aux services et de non-recours aux droits sociaux.
La pauvreté se définit plutôt par le revenu dont on dispose.
La précarité fait référence à des manques de solutions pour réagir.
L’exclusion, souvent liée à un cumul de précarités, de stigmatisation
Peu visibles, ce ne sont plus des sujets tabous aujourd’hui. Les agriculteurs sont surreprésentés dans la population pauvre comme précaire : retraités, professionnels nouvellement installés ou endettés, ou ouvriers agricoles. Ces réalités touchent des personnes privées d’emplois, comme en emplois dont l’activité et les revenus sont insuffisants, mais aussi des jeunes, des personnes seules et des personnes âgées. Elle peut prendre plusieurs formes : logement indigne et précarité énergétique, problèmes de santé, d’alimentation, d’accès aux services et aux nouvelles technologies, mobilités, isolement et exclusion… Elle peut toucher aussi bien les populations rurales natives que des nouveaux arrivants qui s’installent en campagne par choix et/ou par contrainte économique. Une attention particulière est portée aux femmes retraitées, veuves et familles monoparentales et à la petite enfance. Il y a aussi des familles qui vivent avec 600 € et qui ne se considèrent pas comme précaires mais considèrent plutôt leur choix d’un mode de vie.
Les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) ont l’ambition de fédérer les différents acteurs d’un territoire autour de la question de l’alimentation, contribuant ainsi à la prise en compte des dimensions sociales, environnementales, économiques et de santé de ce territoire. Ils tâchent de rapprocher les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les collectivités territoriales et les consommateurs. L’accent est mis également sur les enjeux de précarité alimentaire et de santé.
Mobilité
Travailler, conduire les enfants à leurs activités, aller à la maison de santé, cultiver une vie sociale, disposer d’une voiture est primordial. En avoir, ne pas en avoir, savoir conduire, ne pas savoir conduire, pouvoir réparer sa voiture, ne pas pouvoir la réparer, tout ça est un marqueur fort en l’absence de transports en commun. L’incitation au covoiturage, le prêt de vélos électriques reste une alternative modeste. C’est une réalité incontournable avec beaucoup de temps sur la route pour les aides à domicile, les infirmières, les assistants médicaux, les vétérinaires.
Tiers-lieux, bars associatifs, innovations sociales
Les territoires ruraux sont aussi des lieux d’innovations sociales qui donnent une valeur ajoutée à son attractivité. les tiers lieux naissent de collectifs citoyens, d’une prise de conscience de besoins émergents, non satisfaits ou méconnus d’un territoire. Ils s’efforcent de susciter des collectifs, des réseaux aptes à élaborer des projets et à les mettre en œuvre, comme des jardins et vergers partagés, des colocations, des habitats collectifs et solidaires. Ils créent, ils inventent en faisant appel à des ressources de proximité ou d’affinités. Ils s’appuient sur des savoir-faire locaux. Ils font du lien et du commun par :
- L’expérimentation et la co-construction,
- Le débat et l’échange,
- L’agir en solidarité pour répondre à des besoins,
- La formation par des pratiques de coopération,
- L’inter génération,
- La fête, la musique et la convivialité.
Itinérance et polyvalence
L’itinérance et la polyvalence, ce sont des caractéristiques des services ruraux. Que ce soit en termes de commerce, de services ou de culture. Elles sont valorisées par les politiques publiques. Elles peuvent être portées par des projets individuels, entrepreneuriaux ou associatifs, soutenues par des collectivités. On voit beaucoup d’intercommunalités qui mettent des bus en service aux fonctions variées afin de renforcer le lien social, favoriser la solidarité, lutter contre l’isolement, faciliter l’accès à la santé ou aux services administratifs désormais dématérialisés. Notons parmi ces initiatives le fraternibus du Secours catholique.