« Le Mercosur, le symbole de trop » : la tribune de Benoît Guillard
Le Mercosur, le symbole de trop…
C’est par cette tribune « engagée » que j’ai envie de dénoncer le projet d’accord Mercosur comme le symbole d’une rupture profonde entre l’Union européenne, l’État français et le monde agricole.
Après la désindustrialisation et la perte de souveraineté énergétique et sanitaire, l’agriculture française est devenue la nouvelle variable d’ajustement du libre-échange européen.
Il nous faut critiquer un modèle économique favorable aux intérêts industriels allemands, une incohérence normative qui pénalise les agriculteurs français face aux importations, ainsi qu’un contournement démocratique via les procédures européennes de ratification.
La crise agricole actuelle, aggravée par les abattages sanitaires et l’ouverture du marché aux productions ukrainiennes, révèle une colère structurelle et historique.
Plus largement, il nous faut mettre en cause un projet européen fédéral mené sans mandat populaire, opposant la vision gaullienne de l’Europe des nations à celle de nos dirigeants actuels .
Cette séquence constitue un avertissement politique majeur : sans sursaut démocratique et souverain, c’est la légitimité du projet européen et la stabilité de la France qui sont en jeu.
Face aux secousses que traverse le monde agricole, je ne veux ni opposer les peuples, ni attiser les peurs, mais réaffirmer une espérance enracinée. L’espérance d’une ruralité vivante, habitée, reconnue, où les femmes et les hommes qui nourrissent notre pays sont respectés dans leur dignité, leur travail et leur parole. La colère qui s’exprime aujourd’hui dit une soif de justice, de reconnaissance et de sens : elle nous appelle à l’écoute, au discernement et à l’engagement collectif.
À notre manière ( Mission Rurale France) , nous croyons que l’avenir se construit avec les paysans, à partir des territoires, dans le dialogue et la coresponsabilité. Défendre la souveraineté alimentaire, protéger le vivant, garantir des règles justes et cohérentes, ce n’est pas refuser l’ouverture au monde ; c’est choisir une mondialisation à hauteur d’homme, qui ne sacrifie pas les plus fragiles.
Nous appelons à faire peuple, à tenir ensemble la terre et la parole, l’économie et l’éthique, la foi et l’action. Que nos communautés rurales deviennent des lieux d’espérance active, où se vivent la liberté, l’égalité et la fraternité, et où se prépare, avec nos enfants, un monde plus juste, plus solidaire et plus humain.
Benoît Guillard, président de la Mission rurale des Hautes-Pyrénées
